Les pierres, sources de la vie

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cristaux de cristal de roche - www.pierresmagiques.com

Aucun affect ne semble perturber ces pierres qui nous entourent : elles apparaissent si inertes, si impassibles, si ennuyeuses.

Pourtant, de l’Antiquité au Moyen-Age, des empires méditerranéens à la Chine impériale, les théologiens enseignaient que les pierres sont si vitales qu’elles existent sous la forme de mâles et de femelles. Le fondateur de l’exégèse biblique, Origène, écrivit vers l’an 200:

« Ont en eux-mêmes la cause du mouvement les animaux, les plantes et, d’une manière générale, les êtres qui sont constitués de corps et d’âme, parmi lesquels, dit-on, il y a aussi les minerais » (« De principiis »).

Naissance des pierres

Les pierres peuvent mettre bas au sein des entrailles de la Terre relevait le philosophe grec Théophraste (IVe siècle avant J.C), dans son ouvrage Περὶ Λίθων (Sur les pierres).

Au 1er siècle, Pline l’Ancien remarque que les mines de plomb se régénèrent en minerai après leur exploitation originale après une vingtaine d’années. En effet, les circulations d’eau dissolvent le minerai non encore exploité pour le faire précipiter dans les galeries.

Chez les Chinois, les pierres peuvent résulter d’une copulation entre le soleil et son épouse (ce personnage n’est pas plus explicitement décrit) que la foudre déposera sur Terre.

Celles dites 子持石 [tseu chi shi] sont également des pierres qui enfantent et qui « soutiennent leur progéniture ».

De plus, ces genres lithiques relèvent du yin-yang en jouant réciproquement les rôles de 雄 [xióng, mari] et de 雌 [cí, épouse] pour enfanter des mâles et des femelles. Au Moyen-Age occidental, les aétites – dont nous ne savions pas, à l’époque, à quelle espèce de roche ou de minéral elles correspondaient- sont des pierres décrites comme enfantant.

D’après certains érudits qui assurent avoir assisté à ce prodige au sein d’un cabinet de curiosités naturelles, elles accoucheraient même de manière assez bruyante.

Maternité « magdalénienne » qui dépeint aussi d’une autre manière le thème « de l’enfantement minéral » selon Roger Caillois.
En 1714, un effondrement de montagne dans le Valais est imputé par le philosophe et naturaliste Jean‑Baptiste-René Robinet à la prodigieuse fécondité de la base de cette montagne valaisanne qui – dans son opulente copulation – entraîna dans la mort « quinze personnes &amp ; plus de cent bœufs vaches &amp ; menu bétail »

De la théologie à l’hypothèse scientifique

Pendant la Renaissance, Giordano Bruno (1548-1600) postule qu’il existe une infinité de mondes semblables à la Terre.

À la fin du XVIIe siècle, Bernard de Fontenelle (1657-1757) conclut que Dieu – dans sa cosmique sagesse – n’a pas pu confiner la vie à la seule Terre.

Les prémices du Siècle des Lumières vont débattre des mondes minéraux : ils seraient habités d’êtres vivants. Et ces êtres minéraux seraient fertiles et fécondables puisque Carl von Linné (1707-1778) avait enfin décelé dans le monde végétal les organes reproducteurs des végétaux.

Il ne restait alors que les minéraux dont il fallait retrouver les précieux organes voulus par le Divin pour dynamiser sa Création.

Ainsi, l’on cherchait à découvrir les mondes vivants de la Lune, de Mars et des sept autres planètes alors connues, préfigurant la science-fiction du XXe siècle. Et, au-delà de Jules Vernes, Georges Méliès et tant d’autres, de nombreux exemples d’associations prétendument contradictoires entre minéral et vivant vont enrichir les savoirs, essentiellement arts et littérature, à défaut de science.

Plus récemment, le poète Roger Caillois (1913-1988), de l’Académie française, est l’un des rares à se dissoudre dans l’étude contemplative des pierres de rêve, un concept issu de la Chine impériale et destiné aux érudits.

Dans son livre « Pierres », Caillois décrit les minéraux dans comme « des objets, des substances qui avaient qu’une durée que rien n’affectait ».

Cet « homme qui aimait les pierres » rajoute que leur contemplation évoque cette « mystique matérialiste… jusqu’à y disparaître et où l’on serait délivré de la conscience et de l’émotion ».

Il ajoute que « les pierres représentent cette absence de péripéties où je vois la rançon de la vie ».

Source d’inspiration, agates, calcédoines, jaspes et paésines suggèrent cette grandiose éternité qui fait tant défaut aux mortels humains terrestres. Ainsi, de l’inspiration théologique antique, de l’exploration autorisée de possibles mondes extra-terrestres pendant les Lumières, le 20e siècle revient à une plus froide distinction entre minéral universel et vie terrestre, distinguant sans vergogne le minéral mort du vivant chaleureux.

Des vibrations minérales

La science  a permis de mettre en lumière des vibrations au sein des minéraux, au plus profond des atomes.

Exposés à toute température au-delà du zéro absolu (sachant que la température la plus basse possible soit -273 °Celsius) les atomes vibrent suivant des fréquences plus ou moins variables suivant leur environnement.

Leur couleur est l’un des multiples visages de leur aptitude à réagir : les atomes absorbent préférentiellement les énergies lumineuses disponibles à l’exception de celles qui lui donneront sa couleur. Des vibrations, certes, mais point d’émotions.

En fait, cette Terre n’est en rien inerte : séismes et éruptions nous renseignent sur ses inflexions, sur son évolution constante. Notre Terre change comme elle a déjà changé. Et elle changera encore. Ses minéraux ne naissent pas, ils se forment. Ses roches ne vivent pas mais elles existent. Quant aux cristallisations, elles ne meurent pas, elles disparaissent. Et après ce cycle évolutif, les géomatériaux s’adaptent à leurs nouveaux environnements. La grande différence entre biodiversité et géodiversité réside dans la fatalité terminale d’un cycle : mort inéluctable dans le cas du vivant, changement d’équilibre pour le minéral.

Si l’évolution minérale n’est pas darwinienne, elle est néanmoins le reflet d’une immense activité tellurique d’adaptation, fougueusement incommensurable. Pas opposées de l’une de l’autre, la géodiversité alimente la biodiversité qu’il lui redonne en retour ses créations biogéniques, quelquefois cristallines comme les coquillages, les squelettes, nos dents…

Si les êtres vivants sont assurément issus de la pierre, une grande question consiste à savoir si les ingrédients premiers de la vie se sont agencés au sein d’une Terre primitive, peut-être au fond des océans. Alternativement, les briques élémentaires de la vie peuvent provenir d’une source extra-terrestre, comme les comètes et les météorites qui auraient « fécondé » une Terre abiotique. Et pourquoi pas les deux ?

 

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