Le mystère des dents bleus des religieuses copistes

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Le mystère des dents bleus des nonnes copistes

 

La découverte de pigments bleus dans les dents d’une religieuse du XIe siècle confirme son implication dans la fabrication des plus précieux manuscrits religieux.

Le bleu est une couleur rare.

Dans la nature, peu d’éléments ont cette couleur. Au Moyen-Age, l’une des façons d’obtenir un bleu sombre était d’utiliser du lapis-lazuli, une pierre originaire d’Afghanistan.

Le développement des routes commerciales entre l’Orient et l’Occident permit l’importation de ce « bleu outremer », qui était ensuite utilisé par les copistes pour décorer les plus riches manuscrits.

Une équipe internationale d’archéologues vient de découvrir des traces de ce pigment dans les dents d’une religieuse du XIe siècle, enterrée dans le complexe monastique de Dalheim, au nord ouest de l’Allemagne.

B78, de son nom archéologique, était une femme entre 45 et 60 ans, et faisait probablement partie d’une communauté de chanoinesses se réclamant de la règle de saint Augustin. Le monastère de Dalheim, aujourd’hui oublié, aurait été actif entre le 9e et le 14e siècle.

Des particules de lazurites dans les dents

Si la production de manuscrits par des religieuses est bien documentée à partir du XIIe siècle, les périodes précédentes sont moins connues.

« Avant le XIIe siècle, moins de 1 % des livres peut être attribué à des femmes, détaillent les chercheurs. Mais en Allemagne et en Autriche, le travail de copie et d’enluminure des religieuses a pu être retracé jusqu’au VIIIe siècle. »

Les dents de la nonne viennent confirmer ce rôle important. Dans les dépôts de tartre, les archéologues ont relevé plusieurs centaines de particules de lazurite, le minerai à l’origine du bleu outremer.

Une présence qui ne peut s’expliquer que par quatre hypothèses.

Il y a tout d’abord l’idée que la religieuse a pu embrasser des manuscrits en signe de dévotion. Mais cette pratique n’émerge que trois siècles plus tard et les quantités de lazurite retrouvées sont trop importantes pour valider cette hypothèse.

La religieuse aurait aussi pu ingérer de la poudre de lapis-lazuli pour des raisons médicinales. Depuis l’Antiquité, la pierre était supposée guérir des empoisonnements et des problèmes oculaires. Cette prescription était courante dans le pourtour méditerranéen mais rien n’indique cet usage en Allemagne.

Préparation et utilisation du bleu outremer

Troisième hypothèse, les particules de lazurite auraient pu être aspirées lors de la préparation du pigment bleu outremer, qui nécessite de broyer la pierre. Une idée que ne rejettent pas les spécialistes.

«Si une religieuse préparait des pigments de lapis-lazuli, il est probable que c’était soit pour son usage personnel soit pour une autre femme de sa communauté», nuance l’étude.

Qu’elle ait préparé elle-même le pigment avant ou non, reste l’hypothèse la plus probable : celle d’une religieuse qui réalisait des enluminures.

«En Allemagne, le plus vieux livre contenant du lapis-lazuli est le Scivias, un ouvrage d’Hildegarde de Bingen, achevé au milieu du XIIe siècle », relèvent les archéologues.

Avoir une pointe de pinceau plus fine

Même un siècle avant, il n’était pas exceptionnel de demander aux femmes la réalisation de livres précieux.

« Une lettre contemporaine à l’enterrement de B78 détaille un échange entre un responsable d’un monastère d’hommes et sa communauté de sœurs pour commander la réalisation d’un livre liturgique, pour lequel il envoie du parchemin, du cuir, de la soie et des pigments », raconte l’étude.

En Allemagne, à cette époque, les communautés de religieuses étaient constituées de nobles et de femmes de la haute société, qui avaient très bonne réputation pour la copie et l’enluminure.

Mais pourquoi et comment des pigments bleus se sont retrouvés dans les dents de l’illustratrice ?

La réponse est bien connue des peintres : pour obtenir la pointe la plus fine possible, l’artiste mettait le bout du pinceau entre les lèvres. Une technique qu’utiliseront également les « radium girls » dans les années 1920 pour peindre des cadrans fluorescents au radium. Avec des conséquences bien plus fatales.

voir aussi: élixir de lapis lazuli

 

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